N°75 — A neighbourhood of one’s own

Perhaps, like 61% of Europeans, you’re worried about no longer being able to pay your rent or mortgage, or, like one in ten European households, you’re already unable to do so. A few years ago, Kevin, a young man in his early thirties living in Pisa, found himself without a place to live, faced with…

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— PISE, 27 MAI 2026

Le quartier de Sant’Ermete est le fruit de la guerre. Les premiers bâtiments ont été construits à la hâte en 1946 pour mettre un toit sur la tête de celles et ceux qui avaient perdu leur maison lors des bombardements sur la ville de Pise (le 31 août 1943, une partie de la ville est détruite en seulement sept minutes par un raid des forces alliées, ndlr.). Ces édifices collés les uns aux autres, pensés pour qui n’avait plus rien, sont devenus notre quartier.

Au fil des ans, Sant’Ermete s’est transformé. À partir des années 1970, des gens venus du Sud s’y sont installés, des familles à la recherche d’un emploi et des habitant·es du centre de Pise, qui ont vu cette partie historique de la ville changer sous leurs fenêtres. Sant’Ermete a toujours été un quartier populaire au sens propre du terme : tout le monde se connaissait, on s’entraidait. La configuration même des maisons – basses, avec des cours, des espaces communs – était propice au collectif. Ce n’était pas un projet idéologique. C’était la vie qui fonctionnait ainsi.

Puis vint l’abandon. L’entretien n’étant pas assuré, les immeubles vieillissants se détériorèrent. Mais en 2011, un projet de transformation radicale du quartier vit le jour : tous les anciens bâtiments devaient être démolis et remplacés par de nouveaux immeubles, écologiques et à taille humaine. Un chantier phare qui prévoyait de tout refaire en peu de temps. Les habitant·es y ont cru. ­

Qui n’aurait pas voulu y croire après des années de négligence ? Mais le projet n’a pas abouti.­

En 2013, lorsqu’il est devenu évident que cet avenir promis n’adviendrait jamais, un comité de citoyen·nes a vu le jour. Il y avait déjà une forte tradition d’entraide dans le quartier : les voisin·es se connaissent et se soutiennent mutuellement. Le comité s’est donc appuyé sur cette tradition pour lui donner une forme organisée, plus précise, capable de faire pression sur les institutions.

Moi, à l’époque, je venais d’ailleurs. Je me suis rapproché de Sant’Ermete par le biais du mouvement de lutte pour le logement, car j’avais également un problème de logement. Au fil des ans, le quartier était devenu une sorte de point de repère dans la ville pour celles et ceux qui menaient ces combats, un petit bastion de la dignité en matière de logement.

Malgré tout, le quartier changeait, les maisons se vidaient et les appartements n’étaient plus attribués. Les bâtiments se détérioraient sans que personne n’y habite. Les habitant·es ont alors décidé d’organiser un référendum autogéré. Parmi les propositions que nous avons approuvées lors du vote figurait celle-ci : redonner vie à ces appartements vides, les réintégrer dans la vie du quartier.

Après ça, nous nous sommes résolu·es à prendre en charge ces logements vides et avons commencé les travaux d’auto-rénovation. Peinture, menuiserie : tout ce que nous pouvions faire de nos propres mains, nous l’avons fait. Dès le début, nous avons cherché à dialoguer avec les institutions pour faire reconnaître le projet, et pendant longtemps, nous n’avons reçu aucune réponse.

Mais nous avons continué. Nous nous sommes organisés en trois commissions. Une commission juridique, pour comprendre les lois régionales et nationales, les règlements municipaux et déterminer la voie légale à suivre pour faire reconnaître une auto-rénovation communautaire. Une commission des travaux, pour avancer concrètement sur la rénovation des appartements. Une commission sociale, pour imaginer comment nous allions gérer les espaces communs, le nettoyage et l’entretien du quartier. ­

Nous tenions également un piquet de grève sur la place centrale chaque matin.­

En 2022, nous avons fini par organiser une manifestation devant la mairie.  Nous voulions une réponse claire, allaient-ils gérer les logements et reconnaitre le projet d’auto-rénovation : oui ou non. Dès le lendemain, nous signions un accord.

C’est là qu’a commencé la phase suivante : la mairie a débloqué des fonds pour financer une partie du gros œuvre. Nous avons continué à réaliser le reste nous-mêmes. La mairie a ensuite lancé un appel à manifestation d’intérêt pour 29 logements. Nous et d’autres citoyen·es remplissions les conditions requises, car nous étions en situation d’urgence en matière de logement, et nous avons été inscrit·es sur la liste d’attente pour le logement social. L’attribution de ces logements nous a permis d’avoir un chez-nous.

Aujourd’hui, cela fait près de deux ans que je vis à Sant’Ermete et je l’ai vu changer de mes propres yeux. Avant, c’était un quartier de personnes âgées. Maintenant, avec ces 29 nouvelles familles, la vitalité a explosé et il y a des enfants partout. La place principale, qui était déjà belle, est encore mieux entretenue. Nous avons mis en place une garderie après l’école, deux jours par semaine, avec des activités et des jeux pour que les enfants puissent se retrouver dans le quartier. Il y a aussi un service d’accompagnement des personnes âgées et différents réseaux de soutien. Ces choses se faisaient déjà avant, mais elles sont désormais mieux organisées et toujours entièrement gérées par les habitant·es du quartier.

Les conflits existent, je ne le nie pas. Dans un quartier, il y a toujours des frictions. Mais nous essayons de les gérer ensemble, par le biais des assemblées. Car celles et ceux qui sont venu·es s’installer ici l’ont fait avec un projet en tête, pas seulement avec un besoin.

Habiter est un droit. Je ne dis pas ça de façon rhétorique, comme quelque chose que j’aurais lu dans un livre. Je l’ai compris en vivant le contraire : quand un logement devient une chose qu’il faut mériter, défendre, arracher. Dans ce bas monde, même se loger est un combat. Mais se loger ne signifie pas seulement avoir un toit au-dessus de la tête. Cela signifie vivre dignement, être avec les autres. Le quartier me l’a appris et me l’apprend encore chaque jour.

— KEVIN­

Ce témoignage a été recueilli par Melissa Aglietti, journaliste chez notre partenaire italien VD News.

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