N°74 — Why does everyone have cancer?

Studies everywhere say the same thing: the number of cancer cases is rising. So much so that researchers are talking about an “emerging epidemic”. And young people are increasingly affected. Noémie is one of over three million people under the age of fifty who are diagnosed with cancer every year. She is also a member…

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Nantes, le 13 mai 2026,

L’année dernière, au mois d’avril, j’ai appris que j’avais un cancer du sein. Le même jour, mon grand-père mourrait d’un cancer. Il avait plus de 90 ans, mais ça a été un choc pour moi. Souvent, on dit que c’est un peu normal pour une vieille personne, mais je ne trouve pas que ce soit normal de mourir de cette façon.

Quand je suis allée voir mon généraliste, après le diagnostic, il m’a dit : “Tout va bien, vous allez être très bien prise en charge, vous êtes en France, un cancer du sein, ça se soigne très bien.” Il a essayé de me rassurer, ce qui est normal. Mais moi, j’étais vraiment en colère.

Je me suis d’abord dit : “Pourquoi ça m’arrive à moi ?” À 45 ans, j’étais encore jeune. Je n’étais pas dans les statistiques. J’ai toujours vécu dans un environnement où on se soucie de l’alimentation et où on privilégie le bio. J’ai donc ressenti cette première colère, qui est légitime.

Puis m’est venue cette question : que font les politiques ? À ce moment-là, en France, à l’Assemblée nationale commençait l’examen de la loi Duplomb (une loi dont un article prévoyait la réintroduction de certains pesticides interdits en France, qui a fait l’objet d’un pétition contre ayant reçu plus de 2 millions de signatures, a finalement été promulguée mais sans cet article, et est entre autres à l’origine de la création du collectif Cancer Colère, ndlr.).Certain·es de nos députés étaient en train d’essayer de réintroduire l’acétamipride (un insecticide toxique pour la biodiversité, potentiellement pour la santé humaine et susceptible de provoquer le cancer, interdit en France depuis 2018, ndlr.) ! Même l’ordre des médecins s’est élevé contre cette loi – et ils ne sont pas connus pour être des gauchistes écolos.

Avant ça, je n’avais pas trop conscientisé le lien entre environnement et cancer. Lorsqu’on m’a annoncé ma maladie, on n’a jamais évoqué de causes. On ne nous parle quasiment jamais des facteurs environnementaux et sociaux. On est directement emmené·es dans un tunnel de guérison. Chimiothérapie, radiothérapie… Il faut se soigner. La plupart des oncologues prennent très peu le temps de discuter de ça. Parfois, on a l’impression que ça les dérange. Quand j’ai questionné mon oncologue, elle m’a dit “Les pesticides, ça nous dépasse”.

Il y a un malaise. Mais le doute n’est plus permis. Dernièrement, une étude menée par des chercheur·euses français·es et péruvien·nes documente les liens entre cancer et pesticides, et ce à l’échelle du Pérou (l’étude publiée dans la revue scientifique Nature Health montre une « association robuste » entre exposition environnementale aux principaux pesticides utilisés dans le pays et un risque accru de certains cancers dans plus de 400 zones réparties sur l’ensemble du territoire péruvien, ndlr.) !

Non loin de chez moi, à Nantes, il y a une commune qui s’appelle Sainte-Pazanne. Cette commune, c’est un cluster où 25 enfants ont déclaré un cancer ces dernières années (un collectif de parents se bat depuis des années pour identifier les causes de ces maladies et suspecte une concentration en pesticides et des champs electromagnétiques très élevés ndlr.). Une catastrophe ! J’ai un cancer, mais je n’ai pas envie que mon fils ou mes ami·es aient un cancer.

On connait tous et toutes quelqu’un dans sa famille ou ses proches qui a eu un cancer. Je suis allée à mon premier enterrement de mort du cancer à 35 ans pour une personne qui avait mon âge. C’est choquant, pourquoi tout le monde a des cancers ? Il ne faut pas se dire que c’est minoritaire. C’est une épidémie.

Souvent, on a déjà lu ou entendu des chiffres, on sait que beaucoup de gens ont des cancers, mais on ne se rend pas compte de l’ampleur avant d’être dans un hôpital avec d’autres malades. C’est pour ça qu’avec Cancer Colère, on cherche à sortir de l’invisibilité. C’est important que l’on puisse aussi se montrer malade dans l’espace public. Quand j’ai vu Fleur Breteau, la porte-parole de Cancer Colère qui était alors en chimio, accuser les députés qui venaient de voter la loi Duplomb d’être les alliés du cancer, je me suis dis qu’il fallait faire pareil et agir, pour que la honte change de camp !

Deux semaines après ma première chimio, j’ai perdu mes cheveux. J’ai décidé que je ne porterais pas de perruque. Je sortais le crâne nu – pas systématiquement, mais souvent. Certains jours, j’étais fatiguée, je n’avais aucune envie de passer une heure à me préparer, me maquiller, mettre un turban, faire mes sourcils.

Chacune fait comme elle veut et peut, mais pour moi c’est important de montrer ce que le cancer fait aux corps, de casser l’imaginaire et les injonctions des magazines où l’on voit des femmes souriantes, le teint frais, avec un joli turban. Il ne faut pas banaliser cette maladie, ses causes et ses répercussions. Il faut qu’elles soient prises en compte comme une question politique. C’est le but de notre collectif.

Lors de l’une des premières opérations de tractage qu’on faisait avec Cancer Colère à Nantes, dans un centre de lutte contre le cancer, on nous a viré·es et fait la morale sur la question de la colère, qui ne serait pas un sentiment porteur pour la guérison. Moi, je crois au contraire que d’extérioriser et de partager sa colère avec un collectif, c’est salvateur. Je ne reste pas seule avec mes angoisses et j’agis. La colère, c’est un terme de combat. Via le collectif, on la transforme en action, on lutte… et c’est aussi assez joyeux de le faire ensemble !

Noémie        

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