N°69 — A town on the brink

In Italy, almost 94% of municipalities are exposed to risk of either landslides, flooding or coastal erosion. This phenomenon is known as ‘hydrogeological instability’ and only makes the news when catastrophic events occur, as was the case in the Sicilian town of Niscemi on the 25th January 2026. Part of the town was completely swept…

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En Italie, presque 94% des communes sont exposées à des risques de glissement de terrain, d’inondations ou d’érosion côtière. On appelle ce phénomène « instabilité hydrogéologique ». Et dans les journaux, on en parle seulement lorsque surviennent des événements catastrophiques comme dans la ville sicilienne de Niscemi le 25 janvier dernier. Ce  jour-là, une partie de la ville s’est effondrée, emportée par un glissement de terrain s’étendant sur quatre kilomètres. Environ 1 500 personnes ont été évacuées, et toute la zone située à moins de 150 mètres du glissement déclarée inaccessible. Il y a quatre ans, Massimiliano a ouvert un bar à Niscemi, situé précisemment dans cette zone.

Niscemi, le 4 mars 2026,

J’étais confortablement installé sur mon canapé. Pour moi, le dimanche matin, c’est repos ! Tout d’un coup, j’ai commencé à recevoir des messages de ma compagne, de mes ami·es. Puis sont arrivées les premières vidéos. On y voyait toute une partie de Niscemi, ma ville, construite sur une colline, écroulée. Certaines maisons étaient tombées dans un précipice, qui par endroit s’arrêtait 50 mètres plus bas.

Un de mes amis habite dans une des rues qui s’est ouverte en deux. Le hasard a voulu qu’à ce moment précis, il soit chez ses parents. La chance de Niscemi, c’est que le glissement de terrain a eu lieu à l’heure du déjeuner dominical. Dans la zone la plus touchée, il y avait alors peu de monde. Le reste du temps, ce quartier est très fréquenté.

Il y a déjà eu un glissement de terrain, ici, en 1997. D’ailleurs, pour rigoler entre ami·es, on se disait : « Tôt ou tard, on ira toustes vivre à Gela ! » C’est une ville au bord de la mer, en bas de notre colline, à 20 minutes d’ici. Mais tu sais, c’était le genre de blagues que tu fais entre copain·es. Personne n’imaginait qu’une telle chose puisse arriver.

Il faisait beau le dimanche où la colline s’est écroulée. Tout le mois précédent, vers Noël, il n’avait fait que pleuvoir, de jour comme de nuit. On n’est pas habitué·es à voir tomber autant de pluie dans cette partie de la Sicile ! Puis la tempête Harry a elle aussi apporté sa contribution. Bien sûr, ce n’est pas seulement ça qui a causé le glissement de terrain. C’est une somme de facteurs qui se sont accumulés petit à petit, comme les trente années de négligence de l’ancien réseau d’évacuation des eaux usagées ou le fait que seule une partie des fonds pour la mise en sécurité du glissement de terrain de 1997 est arrivée et qu’elle est arrivée en décembre 2025, soit presque 30 ans plus tard.

Dans les jours qui ont suivi, c’était le chaos total. On se retrouvait tous les jours pour vider les maisons dans lesquelles on réussissait à entrer, car on ne savait pas si le glissement de terrain allait continuer à avancer. Le premier jour, toutes les personnes qui habitaient dans un rayon de 50 mètres ont été évacuées ; puis deux jours plus tard, le périmètre de sécurité a été étendu à 100 mètres ; et le troisième jour, à 50 mètres supplémentaires. Ce fut une semaine marquée par la peur, par la crainte que la ligne de démarcation ne s’éloigne chaque jour davantage.

Certaines personnes, celles dont la maison s’est effondrée, ont tout laissé à l’intérieur. Elles sont sorties avec les vêtements qu’elles portaient le dimanche et ne sont jamais revenues.

Un de mes collègues habitait dans la zone noire, à 20 mètres du précipice. Lorsque nous sommes entrés pour récupérer les choses les plus importantes, nous voyions le vide sous nos pieds depuis le balcon. Nous avons pris quelques vêtements, des objets de valeur, quelques lettres, des petits appareils électroménagers… nous avons rempli tout ‘espace disponible des voitures.

Pendant plusieurs jours, j’ai fait le déménageur. Je me sentais, moi aussi, comme un·e des évacué·es. Le soir, je rentrais chez moi tendu. « Que dois-je faire ? », je me demandais. C’était terrible d’être là avec des ami·es qui ont tout perdu.

Mon bar se trouve dans le périmètre de sécurité, comme 16 autres commerces de la ville. Depuis le 25 janvier, on vit une sorte de deuil collectif. On vit toustes en suspension, attendant chaque jour qu’une nouvelle tombe.

Au début, on a ressenti beaucoup de découragement, car on savait que rien ne serait plus comme avant. Toute une partie du centre historique va disparaitre, car les maisons qui se trouvent dans les 50 mètres autour du précipice seront démolies. Tu te doutes bien qu’après avoir vécu 35 ans dans une ville, la voir ainsi est un choc.

Dans le centre de Niscemi, une belle dynamique s’était créée grâce à une nouvelle génération de jeunes entre 25 et 35 qui avait décidé d’investir sur la ville, de rester. J’avais fait ce choix, moi aussi, après avoir vécu et travaillé à l’étranger — en Irlande, en Espagne, en Belgique, au Portugal. Rentrer pour construire quelque chose en partant de zéro.

Attendre. Maintenant, il nous faut attendre. Le problème, c’est que nous ne savons pas combien de temps, et ça nous épuise. Pour certain·es d’entre nous, la bonne nouvelle est arrivée ces derniers jours : 12 des 17 commerces qui avaient fermé — dont le mien — vont pouvoir rouvrir. Mais pour celleux qui ont subi des dommages structurels, nous ne savons pas si les fonds nécessaires à la reconstruction des maisons ou à la relance des activités arriveront un jour.

Tu t‘imagines bien le stress que tout ça peut provoquer. Dans les premiers jours, on aurait dit que le temps s’était arrêté, comme si rien ne pouvait retourner à a normalité. Et pourtant, c’est précisément cette normalité que nous devons chercher de retrouver au plus vite.

Massimiliano 

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