Je suis fils d’agriculteur et je n’ai jamais envisagé de faire autre chose. Je trouve que c’est le plus beau métier du monde. Mais force est de constater que le monde agricole est aujourd’hui soumis à de nombreuses contraintes : spirale infernale d’endettements et de stress financier, dépendance aux industriels, normes de plus en plus restrictives, horaires lourds… Il est très difficile de s’en sortir.
Et si en plus vous lisez dans la presse : “Les agriculteurs sont des pollueurs” ou “Il faut complètement arrêter l’élevage”… vous vous ramassez ça en pleine face et vous êtes dans l’incompréhension totale. On peut se sentir très isolé et en colère… C’est le cas de beaucoup de gens autour de moi.
Il y a pas mal de fausses informations qui circulent dans les médias, avec des images d’élevages intensifs des années 1980 qui ne sont plus valables aujourd’hui, par exemple…
Moi qui suis au cœur de ce monde agricole, qui le vit au quotidien, je ne peux pas comprendre quelqu’un qui va m’accuser de maltraiter mes animaux. Je considère avoir un contrat moral avec eux. De leurs naissances à leurs morts, on est là, on en prend soin, on les nourrit, on s’assure qu’ils soient dans des conditions optimales de vie. On leur consacre notre existence et ils sont présents dans notre tête, 24h sur 24h.
On fait aussi courir l’idée que la viande rouge est mauvaise pour la santé. Mais au contraire, c’est un des rares aliments qui a toute la panoplie en oligoéléments, il n’en manque pas un seul dans la viande ! Bien sûr, il faut en consommer avec raison, mais c’est le cas pour tous les aliments qui existent, en fait. Si vous ne mangez que des carottes, vous aurez trop de nitrates dans le corps. Si vous ne mangez que des pâtes, vous aurez trop d’énergie, etc. Tout est une question d’équilibre.
Il faut savoir faire la part des choses ! Et c’est à ça que je consacre ma vie : remettre du bon sens, à plusieurs niveaux, de la manière de produire jusqu’à la manière de consommer.
J’ai aussi pour objectif de réinstaurer le lien perdu entre agriculteur et consommateur. Je me suis rendu compte que le discours des éleveurs, dans 95% des cas, n’est pas adapté au grand public. Il est trop technique, trop professionnel et il n’est pas réellement entendu, parce qu’il n’est pas réellement compris.
Si on arrivait à renouer ce dialogue, je suis persuadé qu’on pourrait se mettre d’accord sur plein de sujets. Tout est une question d’équilibre, encore une fois.
Samuel
Samuel est éleveur de bovins au nord de l’Auvergne. Passionné par son métier, il mène un combat pacifique contre les superpuissances industrielles, en faveur d’une agriculture autonome et écologique, soucieuse du bien-être des animaux, des conditions de vie des agriculteurs et de la santé du consommateur. Il a appelé sa philosophie la “sensiculture” : la culture du bon sens, et il la détaille dans le nouvel épisode d’Off the trail produit par Maïlys et Quentin T.
Ce témoignage a d’abord été publié dans notre newsletter In Vivo. Pour recevoir d’autres histoires similaires assorties de recommandations culturelles toutes les deux semaines, abonnez-vous gratuitement à notre newsletter.

