N°72 — The day the regime fell

It seemed impossible just a short while ago, but the result was clear. Last Sunday, in the general election, the majority of Hungarians called for an end to the 16-year rule of Viktor Orbán and his party, Fidesz. Tisza, the conservative opposition party which for the past two years has been denouncing corruption, breaches of…

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Budapest, le 15 avril 2026,

Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu un tel engouement politique en Hongrie ! Au matin du 12 avril 2026, beaucoup de personnes se sont réveillées tôt. Elles étaient tellement impatientes et anxieuses qu’elles faisaient déjà la queue devant les bureaux de vote à 6h, dès l’ouverture ! On sentait clairement qu’après 16 ans de NER (pour Nemzeti Együttműködés Rendszere ou Système national de coopération en français, le nom utilisé par Viktor Orbán et ses allié·es pour désigner le système politique mis en place en Hongrie après 2010, ndlr.) — caractérisé par un contrôle centralisé fort et une étroite collaboration entre le gouvernement, les médias et le monde des affaires —, cette élection représentait la plus sérieuse occasion à ce jour de renverser ce que beaucoup considéraient comme un gouvernement « poutiniste ».

Pendant des mois, les sondages d’opinion avaient laissé entrevoir une victoire décisive pour le parti Tisza (mené par l’ancien collaborateur et désormais opposant à Orbán, Péter Magyar, ndlr.). Malgré tout, beaucoup avaient du mal à croire que le gouvernement Orbán — fort de son avantage financier et organisationnel écrasant — puisse être balayé aussi facilement. Il était tout à fait possible que le Premier ministre consolide une nouvelle fois son pouvoir grâce à un système électoral taillé sur mesure pour lui.

Personnellement, j’ai donc abordé ce dimanche dans un état de tension extrême : si Orbán venait à remporter une nouvelle victoire, même à ce stade, le sort du pays — et peut-être même de l’Europe — serait scellé pour très longtemps, et dans une mauvaise direction.

Dès le début de la journée, au bureau, des informations faisant état de fraudes électorales nous parvenaient. À Kerepes (petite ville de la banlieue de Budapest, ndlr), par exemple, un responsable de l’administration locale aurait distribué des cartes-cadeaux d’une valeur de 10 000 forints, en demandant en échange aux bénéficiaires de voter pour le Fidesz.

Mais au même moment, les observateur·ices politiques regardaient stupéfait·es le taux de participation dépasser même les attentes les plus extrêmes (il a finalement atteint 77,80%, ndlr.). Les médias d’État répétaient alors encore qu’un taux de participation élevé pourrait favoriser le Fidesz — comme cela avait été le cas aux législatives de 2022, lorsqu’il avait remporté sa plus grande victoire. Les médias privés progouvernementaux, quant à eux, diffusaient à longueur de journée des allégations selon lesquelles le « Parti Tisza pro-ukrainien » prévoyait de déclencher une guerre civile le soir même et de descendre dans la rue armé.

À la fermeture des bureaux de vote, de nouveaux sondages prévoyaient une victoire de Tisza avec près des deux tiers des voix. Des estimations qui, à 19h passées, n’empêchaient pas les responsables du Fidesz de continuer d’exprimer leur confiance dans la victoire de leur parti.

Cependant, au fil des heures, l’avance de Tisza ne cessait de se creuser.

Peu à peu, dans les émissions diffusées par les chaînes et plateformes progouvernementales, les partisan·es du Fidesz paraissaient abasourdi·es. Beaucoup semblaient avoir sincèrement cru à la propagande du Fidesz, selon laquelle le parti remporterait une nouvelle fois une victoire écrasante « visible depuis la Lune ».

Peu après 21 heures, plus de doutes : Tisza avait gagné. À 22 heures, il était évident qu’iels avaient remporté une victoire d’une ampleur que même Orbán n’avait jamais atteinte au sein du système électoral qu’il avait lui-même conçu. Le parti de Magyar a finalement décroché 138 sièges au Parlement, le Fidesz-KDNP 55, et le parti d’extrême droite Mi Hazánk (Notre Patrie, en français, ndlr) 6.

Après le bref et sobre discours d’adieu  d’Orbán, à la soirée électorale du Fidesz, les gens erraient, sous le choc, désorientés. Soudain, plusieurs commentateurs progouvernementaux et experts anti-opposition ont tout simplement disparu de Facebook. Balázs Németh, l’un des militants pro-Orbán les plus virulents, ne s’est même pas présenté à sa propre émission le lendemain.

À l’inverse, dès l’après-midi, les partisan·es de Tisza s’étaient rassemblé·es pour faire la fête sur la place Batthyány, où plus tard dans la soirée, Péter Magyar a réitéré ce qu’il promettait depuis longtemps : il y aurait des comptes à rendre, les fidèles du Fidesz infiltré·es dans l’appareil d’État devraient partir, l’influence russe serait écartée, et un style de gouvernance plus orienté vers l’Occident et plus pacifique s’ensuivrait.

De la musique techno résonnait dans la ville. Les gens envahissaient les rues de Budapest. Des fêtards ivres dansaient partout ; des femmes arrachaient les affiches pro-gouvernementales et pro-Poutine pour y griffonner « vége van » ou « c’est fini », en français. Dans les tramways, des passagers enivrés chantaient, tandis que les conducteurs klaxonnaient en signe de célébration, scandant des slogans contre le Fidesz. Les journalistes de 444 auraient même été arrosé·es de champagne à certains endroits.

C’est donc dans la joie et la bonne humeur, au cours d’une grande fête, que le système Orbán s’éteignait. C’était le plus beau jour de ma vie ; le plus long, également, puisqu’il a duré jusqu’à 4h — heure de la nuit où des inconu·es s’embrassaient encore dans les rues.

Dès le lendemain, les choses avaient changé : le forint (la monnaie hongroise, ndlr.) s’était considérablement redressé, tandis que les entreprises liées au système NER commençaient à s’effondrer en bourse. Les Hongrois·es n’avaient pas connu de tournant aussi décisif depuis l’automne 1956 (en référence à la révolution hongroise de 1956, un soulèvement national contre la domination soviétique et le gouvernement communiste, ndlr.). Iels avaient enfin réussi à renverser, sans aide extérieure, un système corrompu qui s’était nourri sur leur dos pendant des années.

Ce jour-là, le 13 avril 2026, la Hongrie s’est donc réveillée dans un monde nouveau — et, d’après tous les indicateurs, meilleur.

Mark          


*Mark est journaliste chez 444, le partenaire hongrois de Sphera.

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