N°71 — Housemates at ninety-odd

Have you ever wondered where you’d like to grow old? And with whom? It’s unlikely you’d answer these questions with: “In a care home, on my own”. In France, however, this is what awaits a significant proportion of those over 70 –more than 600,000 currently live in residential care homes. Not for Michèle and Serge…

Par

Roisey, le 1er avril 2026,

Nous habitons une grande et belle maison – ce qu’on appelait dans le temps une maison de maître – avec sept autres personnes. Il y a trois femmes et quatre hommes, tous et toutes veufs ou veuves. Et nous avons entre 80 et 96 ans.

Auparavant, jamais au cours de notre vie nous n’avions envisagé de vivre en colocation. Un “habitat partagé” pour personnes âgées, nous ne savions même pas que ça existait.

Mais un jour, à l’été 2020, alors que nous nous promenions dans le village de Roisey, nous sommes tombés sur une affiche. Elle mentionnait l’inauguration de la maison Marguerite (un habitat partagé pour personnes âgées non dépendantes, ndlr.), non loin de chez nous.

L’idée nous a intrigué·es. Mon épouse, Michèle, a dit : “Nous pourrions peut-être prendre quelques jours de vacances” Et nous sommes venus passer quinze jours dans cette maison Marguerite, pour mieux connaître son fonctionnement. À la fin de notre séjour, nous étions très satisfaits – cela répondait à tous nos besoins – et nous sommes donc resté·es.

À l’époque, nous n’avions pas de réelle nécessité de déménager. Nous avions alors nous avions 88 et 90 ans. Aujourd’hui, j’ai 96 ans et ma femme en a 94. Nous n’avons pas trop de problèmes pour nous déplacer. J’ai de la chance, je suis en bonne santé, donc je conduis toujours. D’ailleurs, je pense que, si nous n’avions pas vu l’affiche, nous serions resté·es chez nous encore quelque temps.

Mais l’entretien de notre maison et de notre jardin commençait à nous poser problème. Ici, nous sommes débarrassés de ces contraintes de tous les jours. Et puis on se sent plus en sécurité sur le plan de la santé. D’abord parce qu’il y a presque tout le temps du monde dans cette maison – en plus des résidents et résidentes, il y a trois personnes qui gèrent l’entretien de la maison, les courses et la préparation des repas. Il y a également deux maisons de santé non loin d’ici. En cas de souci, ce qui arrive à nos âges, c’est plus rassurant d’être là que seul·e chez soi.

Nous avons emménagé dans la maison en août 2020. Le plus difficile en venant habiter ici, ça n’a pas été la cohabitation, mais le fait de ne pas pouvoir faire entrer dans notre chambre tout ce que nous avions dans notre ancienne maison et auquel nous tenions (chaque résident·e a une chambre de 21 à 33 mètres carrés, ndlr.). Ça m’a peiné, par exemple, de ne pas pouvoir emporter tous mes livres. Mais désormais j’utilise beaucoup la bibliothèque, l’un des espaces partagés de la maison en plus du salon et de la salle à manger.

Il y a six ans, lorsque Michèle et moi sommes arrivé·es, il y avait un autre couple qui habitait déjà la maison. Nous nous sommes tout de suite bien entendu·es et tout de suite senti·es à l’aise ici.

Ce qui nous plaît, c’est que, contrairement à ce qui se passe souvent en maison de retraite, nous restons très libres et autonomes. On vit en collectivité, mais on n’a aucun problème à préserver son intimité et à garder son indépendance. Dans le village voisin, il y a une résidence pour personnes âgées. Elle accueille beaucoup plus de monde : 70 personnes environ. Je suppose que l’atmosphère est très différente, plus médicalisée et surtout beaucoup moins libre. Ce modèle ne nous conviendrait pas.

Parfois, j’ai l’impression de vivre dans un village vacances. Nous ne sommes que neuf, alors il y a une ambiance familiale. Bien que tout le monde soit d’instruction, de culture, d’éducation, d’un vécu différent et avec des états de santé variables, les relations se font naturellement. On se côtoie tous les jours lors des repas partagés ou des activités auxquelles on  participe tous et toutes ensemble. Des cours de renforcement musculaire et de cohérence cardiaque ont lieu toutes les semaines ; des sorties au cinéma, au théâtre ou à la chorale, une fois par mois ; et régulièrement des écoutes de lectures faites par une association du village. Les adeptes de jeux passent aussi des après-midi à jouer au scrabble ou à la coinche, sans oublier les promenades dans le parc d’un hectare, le potager, le poulailler et le terrain de pétanque à l’ombre des tilleuls centenaires.

On bénéficie également de tout ce qu’il y a alentour : la nature et des lieux culturels et publics. La maison commence à être connue à l’extérieur. On est bien intégré·es dans le milieu local. Grâce à cette maison, on bénéficie d’un environnement social très favorable avec des relations amicales qu’on noue pendant des années.

Vivre ici, ça facilite les choses et ça les rend agréables. Depuis que nous avons emménagé, je me suis replongé dans des études historiques. En six ans, j’ai écrit deux livres et trois essais. Je suis sûr que je n’aurais pas pu le faire si j’étais resté dans ma précédente maison. Quand j’y repense, nous avons eu beaucoup de chance de tomber sur cette affiche en 2020.

Serge

InVivo

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