N°68 — Stolliwood: ghetto on stage

Between ten and twelve million Roma people live in Europe. In Bulgaria, the Roma community is the second largest minority after the Turks. Georgi lives in Stolipinovo with his family and more than 50,000 other people. His particular neighbourhood, Plovdiv, sometimes called « the largest Roma ghetto in the Balkans », suffers from the numerous prejudices people…

Par

Stolipinovo, le 17 février 2026,

Je viens d’une famille d’artisans. Mon arrière-grand-père, mon grand-père et mon père ont toujours travaillé comme soudeurs et forgerons. C’est la tradition familiale. Notre atelier se trouve dans un garage juste en dessous de notre appartement.

C’est maintenant mon tour. Comme eux, je suis devenu forgeron. Mais j’ai également choisi d’être acteur. Je respecte profondément le travail que nous avons toujours fait dans la famille, mais le métier d’acteur me permet de raconter des histoires et de donner une voix aux des gens comme nous.

Je suis né et j’ai grandi ici, dans le quartier de Stolipinovo à Plovdiv, la deuxième plus grande ville de Bulgarie. Dans mon mahala, mon quartier, vivent des personnes issues de minorités. Pour les gens de l’extérieur, ici c’est le « ghetto rom », même si les Turc·ques représentent la plus grosse communauté du quartier.

Stolipinovo a une population très importante et des traditions très fortes, notamment en matière de célébrations de mariages, d’artisanat et de commerce. La vie ici est bruyante, colorée et très authentique. En été, pendant la saison des bijav (la saison des mariages, ndlr.), beaucoup de gens font la fête dans les rues du quartier. Ce sont des événements très importants pour Stolipinovo.

Mais au cours des 25 dernières années, le quartier a été dépeint de manière assez inexacte par les médias. La plupart du temps, les équipes de télévision et les journalistes venaient ici, filmaient des personnes qui n’étaient pas allées à l’école, montraient des montagnes d’ordures jonchant les rues… Iels ne donnaient à voir que le côté négatif du quartier. L’aspect humain et les exemples positifs étaient toujours absents des récits. Et c’est ainsi que Stolipinovo a acquis la réputation d’un quartier problématique et enclavé.

À l’âge de 15 ans, mes amis et moi avons commencé à tourner des vidéos pour le plaisir, afin de montrer aux gens à quoi ressemble la vie ici, et nous avons réalisé notre premier court métrage. Je pensais que si quelqu’un commençait à montrer le bon côté et la réalité de Stolipinovo, l’opinion des gens changerait.

Un jour, un youtubeur des États-Unis spécialisé dans les voyages est venu dans le quartier et on m’a demandé d’être son guide. Alors que nous nous promenions, il m’a demandé : « Pourquoi y a-t-il autant de déchets ici ? » Je lui ai répondu que les déchets étaient là parce qu’avec le temps, les gens s’y étaient habitués. Il y a toujours eu un manque de poubelles et aucun endroit approprié pour mettre les détritus, ici. Lorsque les poubelles sont pleines, les gens commencent à jeter leurs déchets par terre. Et c’est devenu une habitude.

Puis, en plaisantant avec un ami, nous nous sommes dit : « Eh, pourquoi ne nettoierions-nous pas Stolipinovo en une journée ? » Après tout, nous vivons ici, et si nous ne veillons pas à la propreté des lieux, nous savons que personne d’autre ne le fera. Et c’est donc ce qui s’est passé. Nous avons organisé une grande journée de nettoyage. Certaines personnes sont même venues de Sofia (la capitale bulgare, ndlr.) pour nous aider.

Après la publication de la vidéo, d’autres YouTubers m’ont contacté, et beaucoup de gens se sont intéressés à Stolipinovo, pour de vrai. C’est pourquoi j’ai décidé de continuer à filmer des vidéos sur les réseaux sociaux et d’y parler de moi, de mon quartier et de comment je souhaiterais qu’il s’améliore. Bien sûr, le changement prend du temps. Tout ne peut pas venir que de mes ami·es et moi. Nous devons également montrer l’exemple à la jeune génération.

J’ai été le premier de mon quartier à étudier le théâtre à l’université de Plovdiv. Aujourd’hui, je fais partie d’une compagnie appelée Stolliwood. Les États-Unis ont Hollywood, l’Inde a Bollywood, nous avons créé Stolliwood. Nous essayons de combiner des histoires roms authentiques avec une proposition théâtrale et des messages sociaux forts.

Notre première pièce s’intitule Romano bijav (« Mariage rom » en français, ndlr.). L’intrigue retrace l’histoire d’un jeune homme qui ne veut pas se marier, mais dont les parents le forcent à le faire jeune parce que c’est important pour eux. J’interprète mon propre rôle, celui du jeune homme, dans la pièce. Lorsque nous avons commencé à jouer Mariage rom, j’avais 23 ans. Selon mes parents, j’étais déjà adulte et il était temps pour moi de me marier. Mais cela ne s’est toujours pasa produit.

Nous répétons ici, dans le quartier. Notre scène se situe entre le jardin et l’asphalte d’une cour. Mais nous avons joué dans toute la Bulgarie : Sofia, Varna, Burgas, etc. !

Pour moi, l’importance de l’art réside dans le fait qu’il enseigne aux gens un autre mode de vie. Il leur montre d’autres points de vue. D’une certaine manière, c’est un moyen de faire entendre sa voix. J’utilise la mienne pour inciter les enfants roms de mon quartier à se battre pour les droits de ma communauté. Comme un rappel que le pouvoir du changement peut aussi venir des endroits les plus inattendus.

Georgi        

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