N°66 — João and the Green Giants

Who has ever ‘planted a tree’ online to ease their ecological conscience? Or added a euro to their plane ticket to ‘offset their carbon footprint’? Over in Portugal, João has thought up another system in the form of ‘Green Giants’, that will actually have a palpable impact on our environment.

Par

Lousada, le 21 janvier 2026,

Les arbres jouent un rôle essentiel dans ma vie, surtout les arbres géants. Ils ont une influence sur mon travail — je suis biologiste, mais aussi sur la façon dont je vois les choses, dont je parle. Ils guident mes voyages : je me déplace partout avec ma voiture et mon chien pour les observer. C’est une sorte de hobby ou bien une maladie, que j’essaie de propager autour de moi.

Pour la municipalité de Lousada, dans le Nord du Portugal, j’ai commencé à cartographier les « gigantes verdes ». Ces « géants verts » sont des arbres qui ont un périmètre d’au moins un mètre et demi à hauteur de poitrine, soit environ 1,3 mètre de hauteur. C’est-à-dire qu’un adulte qui tenterait d’en enlacer un ne parviendrait pas à en faire le tour avec ses bras !

Souvent, les arbres n’ont de valeur aux yeux des gens que pour le bois qu’on peut en extraire. Un arbre a bien plus à nous offrir : de l’oxygène, de l’ombre, de la fraicheur, du calme, un habitat pour la faune et moins de carbone dans l’atmosphère. Mais au Portugal, on accorde peu d’importance aux arbres lorsqu’ils sont vivants et on s’en fout complètement lorsqu’ils sont morts. Le Portugal est d’ailleurs le deuxième pays en Europe avec le moins de bois mort disponible dans nos forêts. C’est un réel problème puisque la survie de 70% des espèces de ce milieu dépend du bois mort !

Aujourd’hui, de nombreuses entreprises et personnes s’inquiètent de leur empreinte carbone et se réjouissent à l’idée de pouvoir la compenser. Le problème est que la plupart des projets de compensation se résument à planter, planter, planter… Or, la majorité des arbres plantés ne passeront pas les dix ans d’âge ou ne feront une vraie différence que dans 40, 50 ou 60 ans. Nous n’avons pas autant de temps devant nous pour trouver une solution.

Les géants, eux, renferment dans leur bois 78 fois plus de carbone qu’un arbre de dix ans. Chaque année, la quantité de carbone qu’absorbe un géant vert est l’équivalent de la quantité qu’absorbe un arbre lors des quinze premières années de sa vie. Pour le bien de notre société, il est donc  plus intéressant de se concentrer sur la préservation de ces géants que d’en planter de nouveaux.

Ici, à Lousada, nous avons répertorié environ 7500 géants verts. Mais ce chiffre varie. Pendant la pandémie, j’ai commencé à analyser des données pour comprendre ce qui se passait et j’en ai déduit que 2% de ces arbres disparaissaient chaque année.

Pour les propriétaires terriens, il est plus intéressant financièrement d’exploiter cette ressource. Leurs terres ont davantage de valeur lorsque ces arbres ne sont plus là. Le prix au mètre carré de leur parcelle est plus élevé quand on peut construire une maison ou cultiver que s’il s’agit d’un terrain forestier.

Tout le monde bénéficie des forêts de géants verts, mais on demande à des individus seuls de s’en occuper. On exige des propriétaires qu’iels nettoient la forêt, empêchent les feux, nous laissent nous promener gratuitement sur leur terrain, sans qu’iels n’en retirent rien. Avec Verde (l’organisation que Joao a créée, ndlr.), nous avons décidé de travailler avec ces propriétaires.  Nous leur proposons des contrats de 10 ans. Durant cette période, iels ne peuvent pas couper de géants verts et nous les payons ou les aidons à préserver ces forêts.

L’argent est un langage universel. Quand on ne parle pas le même langage, on ne peut pas engager la conversation et changer les choses. Si on peut dire que préserver les arbres rapporte, alors on commence à construire une relation, qui amènera peut-être notre interlocuteur ou interlocutrice à comprendre l’utilité des arbres et de leur préservation. En ce sens, ce que nous faisons est une forme de résistance.

João.         

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