Loin de Bakou, le 16 juillet
Je m’appelle Samad. Je suis né à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan. J’y ai grandi, c’est là que je me suis formé et ai forgé ma pensée.
J’aime écrire depuis tout petit. Inventer des histoires, tenir un journal… ça fait partie de mes habitudes.
Plus jeune, les livres que je lisais étaient ma principale source d’inspiration. Après avoir terminé un roman, je me demandais : « Comment l’auteur a-t-il fait pour écrire ce livre ? D’où lui est venue l’idée ? Serais-je capable d’en faire autant ? » Ces interrogations m’ont poussé à écrire mon propre roman.
J’étudiais alors à la fac et je n’avais pas pour idée de le publier, je me disais que je le ferais seulement si l’opportunité se présentait. Un jour, mes parents m’ont donné un peu d’argent pour m’acheter un nouveau téléphone, car le mien était trop vieux. J’ai utilisé ces sous pour publier mon premier livre. Puis j’ai lancé un blog, et pour payer mes factures, j’ai vendu ma bibliothèque personnelle. C’est ainsi que je suis devenu écrivain.
À ce jour, j’ai publié deux romans, mais j’écris aussi des nouvelles, des éditoriaux et des essais. Je m’intéresse à la recherche sur l’art et la guerre.
Le problème, c’est qu’en Azerbaïdjan, quiconque a un stylo en main et sait s’exprimer est vu·e comme un danger par les autorités. Parce que ça représente une menace pour elles. C’est comme une religion : il faut l’accepter sans discuter. Et si tu penses différemment, alors tu deviens encore plus dangereux·se à leurs yeux.
Ici, on utilise plusieurs méthodes pour faire taire qui a une opinion contraire. D’abord, on t’impose des interdits, ensuite on essaie de te mettre dans des situations difficiles, puis de te rallier au camp officiel.
Si ça ne fonctionne pas, la pression augmente : arrestations, interrogatoires, kidnapping et menaces deviennent monnaie courante.
Si ça ne fonctionne pas non plus, tu es alors contraint·e de quitter le pays sous peine d’être incarcéré·e. Tou·tes les journalistes et activistes qui se trouvent aujourd’hui en prison ont suivi ce chemin. Moi aussi.
Les soutiens des autorités se posent également cette question : « Si j’écris ça, vais-je être arrêté·e ? » Même pour faire les louanges du pouvoir, il faut demander la permission.
Mon premier livre a été publié il y a huit ans. J’écrivais déjà avant et ai continué à écrire après. Avec le temps, ma notoriété a grandi et j’ai commencé à attirer l’attention des dirigeants. Et les pressions ont suivi.
D’abord sont arrivées les interdictions, puis ça a été le tour des calomnies dans les médias, dans les journaux et à la télévision. On m’y a présenté comme « un traitre ».
J’ai écrit à de nombreuses reprises contre la guerre (le conflit au Haut-Karabagh, république autonome et non reconnue au niveau international, principalement habitée par la communauté arménienne jusqu’en 2023, ndlr.), l’une des principales préoccupations des autorités. J’ai subi encore plus de pressions et attaques à ce sujet. J’ai finalement été détenu et on m’a interdit de quitter le pays pour une longue période.
J’ai été décrit comme « défenseur d’intérêts étrangers » et on a essayé de ruiner ma réputation afin que personne ne me lise ou ne me suive. Mon dernier livre a été interdit par le ministère de la Justice.
Les écrivain·es ont toujours subi l’oppression et les persécutions. Je le savais, donc je ne ressens ni regret ni peur du danger. C’est normal d’avoir peur, ça nous maintient debout, nous protège. Même lorsque la peur se fait sentir, un·e écrivain·e ne peut pas faire taire sa plume.