N°44 – My stepfather is a murderer

I remember the day my mum introduced us to my stepdad, I was 15 or 16. They had just got married in the Congo, where we lived until I was 8. My sister Glodie and I didn’t like him from the start. He was very intimidating and he scared us.

Par

Rennes, 11 mars

Je me souviens du jour où ma mère nous a présenté mon beau-père, j’avais 15 ou 16 ans. Ils venaient tout juste de se marier au Congo, là où j’ai grandi jusqu’à mes 8 ans. Avec ma sœur, Glodie, dès le début, on ne l’aime pas. Il est très impressionnant, il nous fait peur.

À peine arrivé, c’est déjà l’enfer à la maison. Les règles changent. On n’a pas le droit de sortir, pas le droit de vivre. C’est chaotique.

En 2014 et 2015, ma mère donne naissance à mes deux petites sœurs : Mithé et Monica. Mais la situation continue à se dégrader. Mon beau-père boit beaucoup et quand il est soûl, il est méchant, très méchant.

Parfois, je découvre ma mère avec des coquards, des bleus un peu partout sur le corps. Elle me dit qu’elle est tombée, ou qu’elle s’est pris une porte. Jamais la vérité. Les coups, c’est soit parce qu’elle ne veut pas lui donner de l’argent ou que le ménage est mal fait. Je me souviens d’une fois où, après une dispute, il avait détruit toute la maison : le canapé, la télé, tout. Et sur les murs, il avait écrit au rouge à lèvres : “Marie je vais te tuer”.

Je pense qu’elle restait avec lui car elle idéalisait une vie de famille. Mais au fond, à mon avis, elle ne l’aimait même pas. Elle était sous emprise, c’est évident.

Et moi, je l’avoue, à partir du moment où il est arrivé, je suis devenue méchante avec maman.

À l’époque, je suis frustrée qu’elle puisse aimer une personne aussi malsaine. Je réponds mal, je fugue pendant plusieurs jours sans lui donner de nouvelles.

Un jour, je décide de le confronter. On se dispute, je le mords et je décide de quitter la maison à tout jamais. C’était égoïste mais ce n’était plus vivable, il fallait que je parte.

En 2019, je suis chez moi lorsque je reçois un appel de la meilleure amie de maman. Elle me dit que ma mère est à l’hôpital et qu’il faut que je récupère mes sœurs chez la voisine.

Quand j’arrive à l’appart, je vois plein de sang partout. Je me dis immédiatement que maman est morte. Mais la voisine me raconte : il vient de la tabasser avec une table de mixage. Maman est défigurée. Quand on la revoit, son visage est tellement gonflé qu’il effraie mes petites sœurs.

Quelques jours plus tard, un procès a lieu. Mon beau-père est condamné à 18 mois de prison dont huit mois de sursis et l’interdiction d’entrer en contact avec ma mère pendant deux ans. Mais à sa sortie de prison, ils se revoient encore.

Le 12 avril 2022, au réveil, comme tous les jours, j’envoie un message à ma mère. Pas de réponse. Je l’appelle. Toujours pas de réponse. C’est bizarre, je sens qu’il s’est passé quelque chose.

En milieu de journée, une amie de ma mère m’appelle pour me dire que des policiers, beaucoup de policiers, sont dans son appart. En arrivant sur place, je vois un camion noir avec l’inscription “DÉCÈS”. Je refuse d’y croire, j’espère que c’est lui plutôt qu’elle. Mais lorsque je demande au policier, on me confirme : maman est morte.

Je suis sous le choc. Ma première envie, c’est de la rejoindre. Je me dis que je serais plus heureuse à ses côtés. Puis je pense à mes deux plus jeunes sœurs, Monica et Mithé. Elles étaient dans l’appartement lorsqu’il a tué maman. Elles ont tout vu, tout entendu. Elles avaient 7 et 8 ans.

Quelques jours après le féminicide, elles sont envoyées dans un foyer à St Malo. Moi, je mets mon deuil de côté, je ne pleure pas. En fait, je n’ai pas le temps. Ma seule obsession est de les récupérer. S’il faut bouger la terre entière pour ça, je le ferai.

Le 17 juin 2022, le jour de mes 25 ans, je reçois la lettre qui m’apprend que j’ai obtenu la garde de mes sœurs. C’est le plus beau jour de ma vie.

Désormais, j’attends le procès de mon beau-père avec impatience. Mais le temps de la justice est très long, trop long. D’après les dernières informations, il n’aura pas lieu avant 2026.  En attendant, j’aimerais permettre à mes petites sœurs de voyager, de découvrir le monde.

J’aimerais leur montrer qu’il n’y pas que du malheur dans la viequ’il y a aussi plein de belles choses à voir. Je veux les emmener au Portugal, en Tunisie et surtout au Brésil, car Rio, c’est le rêve de Mithé.

Jenifer

Jenifer Thakizimana est la fille de Marie Thakizimana, tuée par son mari le 12 avril 2022 dans l’appartement familial. Jenifer raconte l’emprise de son beau-père sur sa mère, les coups, les bleus jusqu’à sa mort en 2022 puis son combat pour obtenir la garde de ses petites sœurs.

*Son témoignage a été recueilli par Thomas Porlon, journaliste chez notre partenaire StreetPress.

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