Madrid, le 8 septembre
En Guinée équatoriale, si un·e membre de la famille est opposé·e à la dictature, c’est toute la famille qui est persécutée. C’est comme ça que j’ai grandi, au milieu de ces turbulences.
Mon nom est Fausta Nsé, je suis née le 10 décembre 1973. Mon père est connu de tou·te·s les Guinéen·ne·s comme le premier haut fonctionnaire à avoir osé démissionner après avoir demandé plus de liberté et de démocratie à Obiang (président de la Guinée équatoriale depuis 1979, ndlr.). Il a ensuite été persécuté durant presque toute sa vie, et nous, ses enfants – trois garçons et quatre filles – avons grandi dans cette persécution. Le dictateur ne rend jamais les choses faciles.
Un jour en novembre 2019, j’ai reçu un audio sur WhatsApp relayant des rumeurs disant que mon frère Martín avait disparu après avoir été enlevé. Personne ne savait où il se trouvait ni ce qu’il était advenu de lui, jusqu’à ce que, des mois plus tard, sur des vidéos d’un tribunal militaire, on voit apparaître Martín et ses camarades, dans des uniformes de prisonniers, l’air très amaigri.
Quand j’ai reçu la nouvelle, j’étais complètement bouleversé. Et jusqu’à aujourd’hui, je ne m’en suis pas remise. Je n’y arrive pas.
Dans l’une des vidéos, Martín dit : “nous arrivons d’un terrible endroit”, à ce moment-là, on comprend que ces personnes les ont torturés. Quand tu prends connaissance des traitements qu’ils ont subis, c’est insoutenable, à écouter comme à regarder. Après ça, nous avons commencé le combat que nous menons encore aujourd’hui depuis l’Espagne, avec des manifs et un procès.
Mon père a d’abord fui le pays et est allé au Gabon avec mon oncle en 1997. Ils se sont exilés, mais le dictateur a alors utilisé les mêmes méthodes qu’il a utilisées avec mon frère Martín : il a envoyé une équipe pour les kidnapper et les ramener en Guinée. Là-bas, il les ont mis dans la pire prison du monde où ils ont été torturés pendant six ou sept ans. C’est pour ça que mon père vit extrêmement mal l’enlèvement et l’emprisonnement de Martín ; il est passé par les mêmes choses et il sait ce qu’endure son fils.
Fausta
Fausta est la fille, la soeur, la nièce et la femme d’opposants guinéens équatoriens opprimés par la dictature de Teodoro Obiang. Elle se bat elle-même pour la liberté et contre l’impunité d’une tyrannie au pouvoir depuis 1979. Elle vit en exil à Madrid depuis sept ans et est l’une des instigatrices d’une poursuite en justice en Espagne pour l’enlèvement de quatre activistes, dont son frère Martin. Elle décrit sa situation dans le nouvel épisode d’Off the trail produit par Bernardo, Emilia, Jaime et Quentin T.
Ce témoignage a d’abord été publié dans notre newsletter In Vivo. Pour recevoir d’autres histoires similaires assorties de recommandations culturelles toutes les deux semaines, abonnez-vous gratuitement à notre newsletter.

