Milan, le 4 septembre
J’ai eu une enfance très heureuse. Je suis arrivée en Italie à 15 ans, avant ça, je vivais à Tirana, en Albanie. Avec mes parents, je n’ai jamais manqué de rien, mais on vivait au milieu d’une guerre civile, dans laquelle il n’y avait pas d’État, juste de la violence et du chaos.
C’est dans ce contexte que j’ai commencé à faire le rebelle. L’attraction du mal. Mais c’était une illusion. Il nous avait aveuglés, parce que nous n’avions rien, nous étions seulement des adolescents.
À partir de là, les egos se sont développés. C’était la guerre à qui était le plus fort, à qui faisait le plus de conneries… C’est ce qui conduit à la perte de beaucoup de jeunes, aux mauvais choix, comme les vols de voitures, par exemple. Il y avait ceux qui mettaient dix secondes, ceux qui en mettaient quinze…
J’ai même arrêté d’aller à l’école, ça me semblait inutile, j’avais la sensation d’avoir le monde entre mes mains. J’étais comme tous les autres adolescents qui observent les plus grands et sont fascinés par l’illégalité, par le non-respect des règles, par le fait de tout casser, en somme. Jusqu’à ce que ces mauvais chemins me mènent en prison.
Le jour où tout basculé, j’ai compris dès le matin qu’il ne serait pas comme les autres. J’étais à un anniversaire quand j’ai reçu un appel : en une fraction de seconde, je me suis retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment, et tout a changé à jamais. Une lumière s’est éteinte et ma jeunesse avec.
Le soir même on s’est mis en cavale. J’étais sous le choc, je n’étais plus que chaos. J’ai vécu en fugitif pendant presque six ans en Allemagne, jusqu’à mon arrestation en 2006 et le début de mon odyssée en prison.
Meta
Depuis 2023, Meta est un homme libre. Durant ses années derrière les barreaux, il a appris le métier de luthier et aujourd’hui il travaille avec la fondation Casa dello Spirito e delle Arti dans les prisons d’Opera et Monza, où il enseigne aux détenus à fabriquer des violons et des crucifix. Il raconte l’histoire de sa métamorphose dans le nouvel épisode d’Off the trail réalisé par Sara, Alexandra et Quentin T.
Ce témoignage a d’abord été publié dans notre newsletter In Vivo. Pour recevoir d’autres histoires similaires assorties de recommandations culturelles toutes les deux semaines, abonnez-vous gratuitement à notre newsletter.

